SAFe, est-ce de l’agilité ou de la bureaucratie déguisée ?

La question

SAFe, est-ce de l’agilité ou de la bureaucratie déguisée ?

On nous impose SAFe dans mon entreprise et je n’arrive pas à savoir si c’est une vraie transformation ou une couche de process en plus.

Thème : Agilité & SAFe

La réponse

Les deux, selon la manière dont il est appliqué. Et comme la question est souvent posée pour obtenir une confirmation, autant présenter honnêtement les deux camps avant de trancher.

Ce que disent les détracteurs

Le manifeste agile tient en quatre valeurs et douze principes. SAFe tient en un référentiel qui se compte en centaines de pages, avec ses rôles, ses cérémonies, ses niveaux et ses certifications payantes. Il y a là une contradiction de forme difficile à nier.

Les critiques les plus solides portent sur trois points. D’abord la reconstitution d’une hiérarchie : entre l’équipe et la décision, on réintroduit des couches. Ensuite la planification longue : un incrément de programme planifié sur plusieurs mois ressemble beaucoup à ce que l’agilité voulait éviter. Enfin l’effet certification, qui transforme un cadre de travail en marché de la formation et pousse les organisations à adopter le vocabulaire plutôt que la pratique.

Ce que disent les praticiens

L’argument principal est celui de l’échelle. Une équipe de huit personnes n’a pas besoin de SAFe, et personne de sérieux ne le prétend. Le problème que SAFe adresse est celui de dix équipes qui dépendent les unes des autres, dans une entreprise qui a un budget annuel, des contraintes réglementaires et des engagements clients datés.

Dans ce contexte, la vraie alternative n’est presque jamais une agilité pure et fluide. C’est le mode projet classique, avec son comité de pilotage mensuel et son plan à dix-huit mois. Comparé à cela, SAFe est un progrès net : les dépendances sont rendues visibles, la planification est collective, et la livraison est régulière.

Mon point de vue

SAFe devient de la bureaucratie quand on l’installe pour les mauvaises raisons. Le signe le plus fiable est celui-ci : l’organisation a adopté les rituels et les titres, mais aucune décision ne se prend plus vite qu’avant. On a alors ajouté du coût sans retirer de friction.

Il fonctionne quand il sert à résoudre un problème identifié avant son adoption. Si vous ne pouvez pas nommer le problème que SAFe est censé régler chez vous, ce n’est pas le bon moment.

Trois questions pour se situer

  1. Combien d’équipes doivent se synchroniser pour livrer une valeur visible par un client ? En dessous de trois, SAFe est disproportionné.
  2. Vos dépendances entre équipes sont-elles connues avant de bloquer quelqu’un, ou découvertes en réunion ? Si c’est le second cas, la planification collective apporte quelque chose.
  3. Après adoption, une décision qui prenait trois semaines en prend-elle moins ? Si non, le cadre n’est pas en cause : c’est la délégation qui n’a pas suivi.

Un cadre de travail ne remplace pas une décision d’organisation. Il l’expose.

Pour aller plus loin

Une question qui n’a pas encore sa réponse ?

Posez-la, j’y réponds publiquement et gratuitement.

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